17 mai 2006

Ultime tentative en Irlande du Nord pour former un exécutif bipartite

Drôles de retrouvailles ! Les 108 députés au Parlement d'Irlande du Nord, catholiques et protestants, ont siégé, lundi 15 mai, au palais de Stormont, près de Belfast, trois ans et demi après avoir quitté leurs fauteuils. Ils sont restés moins d'une heure dans une Chambre virtuelle, dépourvue de pouvoir, mais où ils devront former ensemble, dans les six mois, un gouvernement provincial. S'ils échouent, l'Assemblée sera dissoute.

Les élus ont d'abord observé une minute de silence à la mémoire d'un jeune catholique de 15 ans, Michael McIlveen, battu à mort par des adolescents protestants le 7 mai. Ce dernier en date des meurtres sectaires leur a rappelé que, huit ans après l'immense espoir suscité par les accords de paix dits du vendredi saint (avril 1998), la province ne s'était toujours pas réconciliée avec elle-même. En huit ans, les institutions semi-autonomes - Assemblée et gouvernement - instaurant un partage du pouvoir entre les deux communautés n'auront pleinement fonctionné que pendant deux ans.

L'Assemblée a été suspendue, en 2002, à la suite d'une sombre affaire d'espionnage. Depuis, la province est administrée directement de Londres par un ministre - aujourd'hui Peter Hain - assisté de quatre secrétaires d'Etat.

SON ENNEMI DE TOUJOURS

Le premier vote sur la constitution d'un gouvernement aura lieu le 22 mai. On sait déjà qu'il est voué à l'échec. L'ironie de la situation tient au fait que Gerry Adams, chef du Sinn Fein, principal parti catholique nord-irlandais, a invité son ennemi de toujours, l'intransigeant révérend Ian Paisley, leader du premier parti protestant, le DUP, à devenir premier ministre, un poste qui lui revient de droit en tant que chef du principal parti nord-irlandais. Ce à quoi le pasteur a répondu : "Non merci."

L'Armée républicaine irlandaise (IRA), bras armé du Sinn Fein, a renoncé à la violence et désarmé son arsenal il y a dix mois. Pour Londres et Dublin, comme pour les experts internationaux chargés de surveiller les groupes paramilitaires, l'IRA "ne représente plus une menace terroriste". Cela ne suffit pas au chef des unionistes, qui assure ne faire aucune confiance à "l'IRA - Sinn Fein". Il reproche aux républicains de ne pas avoir rendu toutes leurs armes, de poursuivre des activités criminelles et de ne pas reconnaître la légitimité de la police. "Il ne m'est pas impossible de travailler avec le Sinn Fein, a-t-il déclaré lundi, mais ils doivent respecter les règles. Je ne vais pas m'agenouiller devant des gens qui ont commis des meurtres et des cambriolages et leur dire : "Maintenant, vous êtes au gouvernement.""

Les élus auront dix-huit semaines pour surmonter leurs divisions. S'ils n'y parviennent pas d'ici au 24 novembre, date gravée dans le marbre par Londres et Dublin, ils perdront leurs salaires - 120 000 euros par an - et tout pouvoir de légiférer. Les gouvernements britannique et irlandais ouvriront une phase nouvelle en coadministrant la province et en poursuivant ensemble la mise en oeuvre des accords de paix. Ils espèrent que la perspective d'être écartée du pouvoir sera assez dissuasive pour inciter la classe politique nord-irlandaise à sortir de l'impasse où elle se trouve depuis 2002.

Jean-Pierre Langellier  LE MONDE | 16.05.06 | 13h41

   

Le chef du Sinn Fein, principal parti catholique nord-irlandais, Gerry Adams, à Belfast, le 15 mai 2006. | AP/PETER MORRISON

 

Le chef du Sinn Fein, principal parti catholique nord-irlandais, Gerry Adams, à Belfast, le 15 mai 2006.

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